Cent six mètres de sable ocre repliés entre deux avancées de roche : sur la carte, la plage de Petite Anse à Pointe-Noire ne pèse rien. Sous la surface, elle joue dans la cour des grands. Les bordures rocheuses qui ferment la crique comptent parmi les meilleurs spots de palmes-masque-tuba de la côte ouest de Basse-Terre, et des tortues vertes broutent les herbiers à vingt mètres du bord.
Parmi les plages de Guadeloupe, c’est l’une des plus discrètes : une ruelle en forte pente depuis la RN2, un parking d’une poignée de places, aucun panneau tapageur. Ce goulot d’étranglement filtre naturellement la foule. Une règle simple conditionne toute la journée : arriver avant 9 h 30, pour la place de parking comme pour croiser les tortues.

Une crique ocre repliée entre deux pointes rocheuses
La plage dessine un arc très refermé entre la pointe Marine au nord et un petit cap sans nom au sud. L’ensemble tient à cheval sur la limite des communes de Pointe-Noire et de Deshaies, entre les hameaux de Baille-Argent et de Ferry, ce qui explique qu’on l’attribue tantôt à l’une, tantôt à l’autre.
Le sable alimente un débat sans fin : doré pour les uns, gris ou noir pour les autres. Sur place, c’est un ocre foncé qui fonce encore sous les nuages, semé de galets et de débris rocheux vers les extrémités. Rien à voir avec les étendues blondes de Grande-Terre, et c’est tant mieux : la crique a un caractère que les cartes postales n’ont pas. L’ombre descend presque jusqu’à l’eau, portée par les cocotiers et une végétation dense, quelques maisons créoles marquent l’entrée du site, et une ravine débouche discrètement sur l’angle droit de la plage.
L’ambiance reste très locale. Des pêcheurs s’installent sur les alignements de roches qui encadrent la baie, et il arrive, certains week-ends, que des joueurs de ka improvisent un bœuf sur le sable. Un restaurant sert en bord de plage et, selon les jours, un food truck ou une vendeuse de sorbet coco complètent l’offre. Ne bâtissez pas votre journée dessus : les ouvertures fluctuent.
Le spectacle se joue sous la surface
On ne vient pas à Petite Anse pour la carte postale, on vient pour mettre la tête sous l’eau. La baie plafonne à 5 mètres de profondeur, la mise à l’eau se fait en pente douce depuis le sable, et tout s’explore dès le bord.
Deux zones concentrent l’essentiel. Les bordures rocheuses, à droite comme à gauche de l’anse, alignent petits coraux, éponges et algues colorées : on y croise perroquets feu, girelles à tête bleue, sergents-majors, poissons-coffres et, avec un peu de chance, un banc de calamars de récif ou un poulpe. Le centre de la baie, couvert d’herbiers, est le domaine des tortues vertes qui viennent y brouter. Le matin, avant que les premiers palmeurs ne brassent l’eau, les chances d’observation grimpent nettement.
Le spot convient aux débutants et aux enfants par mer calme. Des chaussons d’eau épargnent les pieds sur les zones de galets, et mieux vaut apporter son propre matériel : rien ne garantit une location sur place. Si vous tenez aux coraux, une crème solaire sans oxybenzone limite les dégâts sur des fonds encore vivants.
Bon à savoir. Visez le début de matinée : les tortues se laissent approcher plus facilement quand la baie est calme, et c’est aussi votre seule vraie chance de trouver une place de parking.
Un accès qui se mérite : virage, pente et parking minuscule
C’est le seul vrai défaut du site, et il faut le prendre au sérieux. L’entrée se trouve sur la RN2, dans un virage serré à visibilité réduite, entre Baille-Argent et Ferry. Une ruelle en forte pente descend ensuite sur une centaine de mètres jusqu’au parking, gratuit mais très étroit.
Il déborde vite en saison : passé le milieu de matinée, il faut souvent se garer plus haut le long de la nationale et finir à pied. La sortie demande encore plus d’attention que l’entrée, la remontée débouchant en pente sur la RN2 avec peu de recul sur le trafic. Prenez votre temps, quitte à laisser passer plusieurs voitures.
Côté repères, comptez 40 à 50 minutes depuis Pointe-à-Pitre quand la circulation est fluide, 10 à 15 minutes depuis le bourg de Deshaies (7 km au nord) et une dizaine de minutes depuis le bourg de Pointe-Noire (5 km au sud). Des carbets à proximité se prêtent au pique-nique à l’ombre. Dernier point : la baignade n’est pas surveillée. La crique coupe la houle et l’eau reste calme la plupart du temps, mais les enfants restent sous l’œil des adultes.
Attention. Entrée et sortie se font dans un virage de la RN2 à visibilité limitée, par une rampe pentue. Redoublez de prudence au volant, et gardez un œil sur les enfants : aucun poste de secours sur la plage.
On aime
- Snorkeling accessible dès le bord, tortues régulières sur les herbiers
- Crique abritée, eau calme la plupart du temps
- Ombre naturelle et ambiance locale préservée
- Accès gratuit, fréquentation faible
On aime moins
- Parking minuscule, sortie délicate sur la RN2
- Sable ocre et galets, loin de la plage blonde attendue
- Restauration irrégulière selon les jours
- Aucune surveillance de baignade
Deux Petite Anse, plusieurs plans B : ne vous trompez pas de crique
La Guadeloupe compte plusieurs plages du même nom, et le piège est réel : une autre Petite Anse existe à Bouillante, une vingtaine de kilomètres plus au sud. GPS et avis en ligne mélangent régulièrement les deux. Vérifiez que votre itinéraire pointe bien entre Baille-Argent et Ferry avant de partir.
Si le parking affiche complet, les plages de Pointe-Noire offrent des replis sérieux, l’anse Caraïbe et ses carbets en tête. Les amateurs de fonds marins qui cherchent une mise à l’eau plus encadrée descendront vers la plage de Malendure, face à la réserve Cousteau. Pour une fin de journée, la plage de la Perle, côté Deshaies, ajoute au sable blond l’un des plus beaux couchers de soleil de l’île ; Petite Anse, orientée plein ouest, se défend d’ailleurs très bien sur ce terrain. Et pour changer complètement de décor, cap au nord vers la pointe Allègre et les plages de Sainte-Rose.
Questions fréquentes
La baignade est-elle surveillée à Petite Anse ?
Non, aucun poste de secours n’est installé sur la plage. La crique est abritée et l’eau généralement calme, ce qui la rend accessible aux familles, mais uniquement par mer belle et sous la surveillance des parents.
Peut-on venir sans voiture ?
Des bus circulent sur la RN2 entre Pointe-à-Pitre, Pointe-Noire et Deshaies, mais les fréquences sont trop aléatoires pour construire une journée dessus. La voiture reste la solution réaliste, avec l’obligation d’arriver tôt pour se garer.
Y a-t-il de quoi manger sur place ?
Un restaurant borde la plage et, selon les jours, un food truck ou une vendeuse d’accras et de sorbet coco. Rien n’est garanti à l’année : emportez de l’eau et de quoi tenir, les carbets voisins se prêtent bien au pique-nique.
Les sargasses touchent-elles la plage de Petite Anse ?
Rarement. La côte sous le vent, tournée vers la mer des Caraïbes, est globalement épargnée par les échouages qui frappent la façade atlantique de l’archipel. L’eau de Petite Anse reste claire l’essentiel de l’année.
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