546 mètres de sable doré calés entre la Pointe Madame et la Pointe à Latanier, six carbets, un parking gratuit et aucune barrière de corail : la plage des Amandiers, à 3,5 km à l’ouest du bourg de Sainte-Rose, ne joue pas dans la même catégorie que les plages du lagon de Grande-Terre. Ici, la houle caribéenne entre sans filtre, la marée découvre des pierres plates au centre de la baie et la réserve de biosphère commence derrière la rangée de cocotiers.
Trois variables décident de votre journée sur place : la saison, la marée et le jour de la semaine. Un dimanche de juillet à marée basse n’a rien à voir avec un mardi de février à marée haute. C’est aussi l’une des rares adresses de notre guide des plages de Guadeloupe à cumuler baignade, départ officiel d’un sentier du littoral et arrière-plage classée. Le bon créneau existe : en semaine, en saison sèche, marée haute le matin.

Une plage sans récif : ce que ça change pour la baignade
L’absence de barrière de corail n’est pas une note de bas de page, c’est la variable qui conditionne tout le reste : l’état de la mer, la clarté de l’eau, la présence ou non de courants. Le lagon de Sainte-Anne ou de Saint-François amortit la houle. Ici, seules les deux pointes rocheuses jouent ce rôle, et seulement en partie.
Des conditions qui basculent avec la saison
De janvier à avril, la mer reste généralement clémente, avec une eau autour de 28 °C et des vagues modestes. Entre juillet et novembre, la houle peut se lever en quelques heures, surtout par vent de nord-ouest. La plage est légèrement enclavée entre ses deux pointes, ce qui réduit la taille des vagues par rapport aux plages voisines lors des épisodes de forte houle, sans supprimer les courants de retour. Aucun poste de surveillance n’existe sur le site, et le Parc national le rappelle pour tout ce littoral. Avec de jeunes enfants, visez la partie droite de la plage : une crique de sable fin s’y dessine à marée basse, mieux abritée que le centre.
Attention. Baignade non surveillée. Les jours de houle, des courants de retour se forment sans signe visible en surface : si la mer moutonne au large, restez où vous avez pied et gardez les enfants dans la crique de droite.
Les pierres plates à marée basse : déception ou terrain de jeu
Quand la marée descend, des pierres plates émergent sur toute la partie centrale. Les visiteurs venus pour la carte postale repartent parfois déçus. C’est pourtant le meilleur moment pour observer la microfaune du littoral : oursins, petits crabes, poissons piégés dans les trous d’eau. En palmes-masque-tuba, ces zones rocheuses concentrent l’essentiel de la vie marine, là où le sable nu reste désert. L’astuce tient en un objet : des chaussures aquatiques plutôt que des tongs.
La réserve de biosphère commence derrière les cocotiers
Sainte-Rose et son littoral du Grand Cul-de-Sac Marin appartiennent à la réserve de biosphère de l’archipel de la Guadeloupe, un classement UNESCO qui se constate sur le terrain dès l’arrière-plage. Le nord Basse-Terre compte aussi des sites de ponte de tortues marines, d’où la consigne du Parc national : laisser ces plages exactement comme on les a trouvées.
La prairie inondable et ses palmiers royaux
Côté Plessis-Nogent, l’accès piéton traverse un petit pont au-dessus d’une prairie inondable. On file souvent vers le sable sans un regard pour la rangée de palmiers royaux qui borde la zone, ni pour la rivière partiellement couverte de nénuphars et de jacinthes d’eau. Une forêt d’amandiers pousse juste derrière : c’est elle qui a donné son nom à la plage. En saison des pluies, le secteur se gorge d’eau et change de visage. Ces milieux humides se répètent le long du littoral, comme la zone de Nogent, à l’embouchure de la rivière du même nom, qui sert encore de réservoir d’eau pour le bétail et attire les oiseaux d’eau.
L’iguane des Petites Antilles, un voisin en sursis
Le sentier qui part de la plage traverse l’habitat de l’iguane des Petites Antilles (Iguana delicatissima), classé en danger critique d’extinction et en voie de disparition sur cette partie de la Guadeloupe. La menace principale ne vient pas des promeneurs mais de l’hybridation avec l’iguane commun (Iguana iguana), une espèce invasive qui dilue son patrimoine génétique. Croiser un individu pur entre les Amandiers et la Pointe Allègre reste possible, de moins en moins souvent. Si la chance vous sourit : on observe à distance, on ne nourrit pas.
Le sentier du littoral vers Clugny, la vraie raison de venir
Le sentier du littoral de Sainte-Rose démarre au fond du parking, côté ouest : balisage jaune, signalétique du Conservatoire du littoral, 4,4 km jusqu’à la plage de Clugny, environ 2 h aller simple. Le Parc national le classe facile, avec une nuance de taille : le tracé est linéaire, donc véhicule à déposer à l’arrivée ou retour par le même chemin.
De l’Anse Vinty à la Pointe Allègre, l’histoire au bout du sable
Le chemin s’enfonce d’abord en forêt sèche avant de déboucher sur l’Anse Vinty et sa vue sur le Grand Cul-de-Sac Marin. Suivent la Pointe Nogent, face à l’îlet Tête-à-l’Anglais, puis l’anse du même nom, où l’embouchure de la rivière Nogent se passe à gué selon le niveau d’eau. La Pointe Allègre, point le plus septentrional de Basse-Terre, porte l’événement fondateur du coin : c’est là que débarquèrent en juin 1635 les capitaines Du Plessis et L’Olive, avec 400 engagés et quatre prêtres dominicains. La famine décima la colonie, les survivants filèrent vers le sud, et les quelques hommes restés sur place fondèrent la paroisse de Sainte-Rose. Juste après, l’Anse du Petit Fort aligne des arbres sculptés par les alizés et une mer qui vire au turquoise intense, par ciel bleu comme par temps d’orage. Par temps clair, Montserrat se devine à l’horizon.
Attention. Un affaissement majeur du sentier a été signalé en mai 2025 au niveau de l’Anse des Îles, avec balisage temporaire. Le parcours croise aussi des mancenilliers, dont la sève brûle la peau : ne jamais s’abriter dessous en cas de pluie. Ni point d’eau ni ombre continue, partez tôt.
La Pointe Madame et son chemin de croix
À l’extrémité est de la plage, le chemin de droite à l’intersection d’accès grimpe vers la Pointe Madame, un belvédère surmonté de deux grandes croix qui forment une station du chemin de croix local. La vue plonge sur toute la plage, la mer turquoise et la Pointe à Latanier. Presque personne n’y monte : c’est l’un des points de vue les plus tranquilles du littoral nord, avec une charge religieuse que les habitants de Sainte-Rose connaissent bien et que le tourisme de plage ignore.
Six carbets, zéro transat : l’anti-station balnéaire
L’aménagement tient en une phrase : six carbets couverts, un bloc sanitaire avec douches, un parking gratuit. Pas de transats à louer, pas de jet-ski, pas de rangée de vendeurs. Cette sobriété n’est pas un manque, c’est le produit.
Le week-end, la bataille des carbets se joue avant 10 h
Le samedi et le dimanche, les familles guadeloupéennes arrivent dès le début de matinée et réservent leur carbet en posant une glacière ou une nappe. En milieu de matinée, tout est pris. Le repli fonctionne pourtant très bien : les amandiers pays couchés par les alizés offrent un feuillage dense, presque équivalent en ombre. Ces journées animées réservent aussi des sessions spontanées de gwoka, les percussions traditionnelles guadeloupéennes, jamais annoncées nulle part. En semaine, changement complet de décor : la plage se partage entre une poignée d’habitués.
Meurtres au Paradis : le décor, sans le pèlerinage
Un restaurant est installé en bordure de plage, seule concession commerciale du site. Pour le reste, l’endroit doit une partie de sa notoriété à Meurtres au Paradis (Death in Paradise), tournée chaque année en Guadeloupe : environ 80 % des lieux de tournage se situent entre Pointe-Noire, Deshaies et Sainte-Rose. Le commissariat d’Honoré occupe l’ancien presbytère de Deshaies, la cabane de l’inspecteur est remontée chaque saison sur la plage de La Perle, et le bar de Catherine, Le Madras, donne sur le port de Deshaies. Des scènes ont aussi été tournées sur le littoral de Sainte-Rose, notamment du côté de Clugny. Les Amandiers en gardent l’ambiance sans les cars de fans : pour la version la plus fréquentée du décor, mieux vaut découvrir la plage de Grande Anse à Deshaies. Ce statut de second rôle est exactement ce qui préserve la plage.
On aime
- L’ombre naturelle et les six carbets gratuits
- Le départ du sentier du littoral au fond du parking
- Le snorkeling sur les pointes rocheuses
- La fréquentation quasi nulle en semaine
On aime moins
- Baignade non surveillée, houle de juillet à novembre
- Les pierres plates à marée basse au centre
- Les carbets pris d’assaut le week-end dès le matin
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L’Anse Vinty prolonge le rivage juste après la Pointe à Latanier : 626 mètres de sable ocre, des vestiges précolombiens mis au jour par les archéologues et encore moins de monde qu’aux Amandiers, de quoi découvrir l’anse Vinty dans la foulée. Et pour situer la plage face à Grande Anse, Malendure ou Clugny, notre panorama détaille quelles plages côté Basse-Terre valent vraiment l’arrêt selon votre programme.
Questions fréquentes
La plage des Amandiers est-elle dangereuse pour les enfants ?
La baignade n’est pas surveillée et la plage n’est pas protégée par un récif corallien. Cela ne la rend pas dangereuse par défaut : par temps calme, l’eau reste peu profonde sur plusieurs mètres, surtout dans la partie droite où se forme la crique de sable fin. Le vrai risque concerne les jours de houle, quand des courants de retour se créent sans signe visible en surface. Les pierres plates de marée basse demandent des chaussures adaptées aux petits pieds.
Comment accéder à la plage des Amandiers depuis Sainte-Rose ?
Depuis le bourg, prendre la N2 direction Deshaies sur environ 3,5 km : un panneau « Les Amandiers » signale la sortie au lieu-dit Madame, entre les sections Nogent et Comté. À l’intersection qui suit, la gauche mène à la plage, la droite à la Pointe Madame. Le parking, gratuit, se trouve à 300 m de la nationale, en bord de mer (GPS : 16,35188 N, 61,72498 O). Sans voiture, les lignes régionales 103 et 104 circulent sur cet axe Sainte-Rose – Deshaies.
Quelle est la meilleure période pour visiter la plage des Amandiers ?
La saison sèche, de janvier à avril, offre les meilleures conditions de baignade, avec une mer généralement calme et un ensoleillement régulier. De juillet à novembre, la végétation du sentier gagne en densité et les couleurs en intensité, mais la houle peut compliquer la baignade certains jours. En semaine, quelle que soit la saison, la plage reste peu fréquentée.
Peut-on faire du snorkeling à la plage des Amandiers ?
Oui, sur les côtés. Les fonds autour des zones rocheuses qui bordent les deux pointes abritent des coraux épars et des poissons tropicaux, avec une visibilité correcte par temps calme. Ce n’est pas la réserve Cousteau, mais la diversité suffit pour une vraie session de palmes-masque-tuba. Le centre de la plage, sableux, reste pauvre en vie marine.
La randonnée vers la Pointe Allègre est-elle accessible aux débutants ?
Le Parc national classe le sentier du littoral facile : 4,4 km, environ 2 h aller simple, moins de 30 m de dénivelé. Trois réserves quand même : le tracé est linéaire (véhicule à déposer à Clugny ou demi-tour), plusieurs sections restent exposées au soleil sans ombre, et un affaissement est signalé à l’Anse des Îles depuis mai 2025. Prévoir de l’eau en quantité, des chaussures fermées et de la crème solaire. Pour le retour, les lignes de bus régionales passent sur la nationale, à hauteur de la plage de Clugny.
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